Les enjeux de la réintroduction de l'arbre dans les espaces agricoles

Rédigé par FNE70


19 novembre 2015 Non classé agriculture changement climatique biodiversit'haie arbres têtards biodiversité


Retour sur la conférence du 14 octobre 2015, à Besançon

C'est pour parler d'un système d'exploitation agricole innovant et peu développé dans notre région, que FNE Franche-Comté proposait vendredi dernier une soirée conférence sur l'agroforesterie, accueillie par le Lycée agricole de Dannemarie sur Crête.

Cette présentation, basée sur les enjeux de la réintroduction de l'arbre sous toutes ses formes dans les espaces agricoles était réalisée par Séverin Lavoyer, directeur de l'Association Française pour l'Agroforesterie (AFAF). Cette conférence était organisée dans le cadre du programme de sensibilisation Biodiversit'haies mis en oeuvre par FNE Franche-Comté, qui a pour soutiens financiers le Conseil Régional, l'Agence de l'eau et la DREAL Franche-Comté.

Associer les arbres avec la production agricole

L’agroforesterie désigne l’association des arbres avec les cultures ou les animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ. Il existe une grande diversité d’aménagements agroforestiers : alignements intra-parcellaires, haies, arbres émondés (trognes), arbres isolés, bords de cours d’eau (ripisylves)… Ces pratiques comprennent les systèmes agrosylvicoles mais aussi sylvopastoraux, agrosylvopastoraux ou pré-vergers (animaux pâturant sous des vergers de fruitiers).

Les systèmes agroforestiers sont ancestraux et répandus dans le monde entier. En Europe, les arbres étaient traditionnellement présents au coeur et aux abords des parcelles. Certains systèmes ont perduré : prévergers, cultures intercalaires en peupleraies, noyeraies ou vergers fruitiers, truffiers et lavande ou vigne. Après la seconde guerre mondiale et le développement d’une industrie pétrolière (énergie, chimie…), la démocratisation du machinisme agricole et des produits phytosanitaires a engendré une expansion des cultures et l’arrachage des arbres et des haies.

Des bénéfices réciproques

                 L’association de l’arbre avec la production est bénéfique à tous les niveaux et elle favorise la vie du sol. En effet les arbres apportent de la matière organique, par les feuilles, les branches et les racines qui se renouvellent et cette matière organique nourrit les habitants du sol. Ces phénomènes augmentent la fertilité du sol et participent aussi au stockage du carbone dans le sol.

Les arbres et les haies participent aussi à la régulation des populations d’organismes pathogènes, en hébergeant des oiseaux et des insectes antagonistes. Ils fournissent une protection contre les aléas climatiques, en pompant de l’eau dans le sol, en maintenant la terre par leurs racines, en dépolluant les eaux rejetées et les sols.

Les racines des arbres se situent sous les cultures car la souche de l'arbre en système agroforestier possède un système racinaire plongeant. On observe donc un enracinement en profondeur induit par la compétition des cultures. L'arbre isolé agroforestier possède une forte résistance au vent et un potentiel de croissance plus important qu'un arbre forestier. Tous ces éléments ont été observés au cours de nombreux programmes de recherches avec l'INRA.

Une augmentation de la production globale de biomasse

Le système agroforestier est plus productif car il maximise la capacité à fixer l'énergie solaire. Par ailleurs ces systèmes de production engendrent des mécanismes spécifiques bénéfiques pour la protection des sols et l’'optimisation de la production. Par ailleurs, les parcelles agroforestières sont moins exposées en période de sécheresse. Ainsi la présence d'arbres modifie le régime d'écoulement des eaux en faisant barrière au ruissellement, à l'érosion et à l'exportation de matière organique. Il permet également d'augmenter la macroporosité du sol et le taux de matière organique. En zone de pente, la présence de linéaire d'arbres permet d'induire un terrassement naturel. Ces systèmes génèrent des productions complémentaires, comme par exemple du bois, du BRF (Bois raméal fragmenté), voire des fruits et du fourrage pour les animaux.
 

Une quarantaine de personnes étaient ainsi présentes pour écouter ces principes simples d'agronomie. La soirée s'est achevée sur un moment de questions et d'échanges autour de la formation des techniciens conseillers, la sensibilisation et le retour du monde agricole, la place de l'agroforesterie en production viticole, son avenir mais aussi par des questions techniques sur les essences à choisir, le bois raméal fragmenté (BRF) et sur l'économie générée par l'agroforesterie.

La Franche-Comté est au début de la mise en place de programmes agroforestiers. Cette conférence est une première étape pour le développement de l'agroforesterie dans notre région. Toutes les personnes intéressées peuvent prendre contact avec FNE.

 


Les commentaires sont fermés.